
«Un retour à court terme du Royaume-Uni dans l’UE n’est politiquement pas réaliste»
Le premier ministre britannique, Keir Starmer, multiplie les mesures pour rapprocher son pays de Bruxelles, par «intérêt national» pour contrer les effets désastreux du Brexit. Mais la question européenne reste ultrasensible outre-Manche. L'analyse de Charles Grant, directeur du Centre for European Reform.
Directeur du Centre for European Reform, un groupe de réflexion indépendant basé à Londres, Charles Grant analyse: «La direction générale prise par le gouvernement est claire, mais il n’a pas encore élaboré un plan détaillé sur la façon de procéder. Et pour être honnête, il parle de mesures relativement mineures: programme de mobilité, retour dans le marché européen de l’électricité ou accords sanitaires et phytosanitaires sur les plantes et les animaux. Elles n’auront pas d’impact macroéconomique significatif.» Et le spécialiste de l’Europe d’ajouter: «Or la réalité, c’est que l’économie britannique va très mal et qu’elle a besoin de croissance. Aussi le Trésor britannique fait l’erreur de croire qu’un rapprochement avec l’UE pourrait être une solution rapide pour relancer la croissance. Ce n’est pas le cas.» La détérioration de la relation spéciale avec les Etats-Unis, qui n’a plus grand-chose de spécial, contribue par ailleurs à pousser Keir Starmer à penser «plus européen».
Un retour du Royaume-Uni dans l’UE? Charles Grant le relève: «Le Parti travailliste commence à réfléchir à modifier ses «lignes rouges»: pas de retour dans le marché unique, pas d’union douanière et pas de libre circulation. Il y a des personnes au sommet du gouvernement travailliste qui aimeraient assouplir certaines de ces lignes rouges, voire parler à terme d’un retour dans l’UE. Ce n’est pas réaliste politiquement aujourd’hui, mais le sujet est désormais évoqué d’une manière qui ne l’était pas il y a quelques années.»
L’un des grands arguments avancés à l’époque par les brexiters était de reprendre le contrôle de l’immigration. Qu’en est-il aujourd’hui? Au cours de la dernière année où les tories gouvernaient, l’immigration nette était d’un million de personnes. Aujourd’hui, le solde migratoire est de quelques centaines de milliers d’individus. «Le problème migratoire est en train d’être résolu, mais politiquement, il reste extrêmement explosif», admet Charles Grant.
Keir Starmer devait être écarté à l’issue des élections locales, peu de figures de proue du parti (Andy Burnham, Angela Rayner et Ed Miliband) montrent le même enthousiasme envers Bruxelles. Et qu’en est-il des conservateurs dont la responsabilité dans le Brexit est écrasante? Charles Grant est critique: «Les conservateurs ne sont plus très proches des grandes entreprises. Ils sont davantage liés aux petites entreprises, comme le sont les partisans de Reform UK. Les petites entreprises ont toujours été plus hostiles à l’UE, alors que les grandes entreprises étaient plutôt pro-européennes. Le Parti conservateur s’est en quelque sorte séparé du monde des affaires pendant la campagne du référendum. Boris Johnson [alors premier ministre] n’avait-il pas déclaré – je l’ai entendu – «fuck business»?»
